
L'Addition : Décryptage et Interviews d'Experts du Retail
L’Addition #18 : Prise de décision : comment sortir de la sidération en entreprise

« Mieux vaut une mauvaise décision que pas de décision du tout. »
(C’est 𝗟’𝗔𝗗𝗗𝗜𝗧𝗜𝗢𝗡 : le format où l’on prend un repas avec un expert pour passer une idée reçue au crible.)
J’ai partagé un moment avec Philippe Horras. Après 22 ans comme officier dans les forces spéciales de la Marine Nationale, il a cofondé PEARL Crisis Response. Son métier ? Auditer, challenger et entraîner les équipes dirigeantes (Comex, managers) par des mises en situation. L’objectif : construire une culture de la résilience pour décider et agir ensemble, préparer les organisations à l’inattendu.
Dans les situations que j’ai pu vivre, la question revenait souvent :
« Est-ce qu’on prend la bonne décision ? »
Avec Philippe, la question devient différente :
« Est-ce qu’on peut encore se permettre de ne pas décider ? »
👉L’idée reçue du jour : « Pour prendre une bonne décision, il faut d’abord rassembler toutes les informations. »
Dans l’inattendu, il manque justement ce dont on aimerait disposer pour décider sereinement : des informations.
Alors on attend. Une donnée supplémentaire. Un avis. Une validation.
Et parfois, on finit par ne plus décider du tout.
Philippe appelle cela la sidération. Voici comment en sortir :
1. Remettre les choses en mouvement
Dans ces moments, il ne faut pas forcément chercher la bonne réponse absolue. Il faut d’abord remettre l’organisation en mouvement.
Prendre une décision, observer, apprendre et corriger.
La décision devient une boucle.
Et si chaque décision doit être validée pour limiter le risque, on repousse mécaniquement le moment de décider. (Connaissez-vous votre process de décision ?)
2. Changer le statut de l’erreur
C’est un point qui m’a particulièrement marqué.
L’erreur n’est plus forcément l’échec de la décision précédente.
Elle devient une information pour la suivante.
Décider dans l’incertitude permet de créer la donnée manquante.
Mais pour fonctionner ainsi, il faut de la confiance.
Sans confiance, le risque est repoussé. Et avec lui, la décision.
3. Connaître ses gammes pour sortir de la partition
Comment se préparer à ce qu’on ne connaît pas ?
Par l’entraînement.
Philippe utilise une comparaison que j’ai beaucoup aimée : celle du musicien.
Le musicien connaît suffisamment ses gammes pour sortir de la partition quand l’imprévu arrive.
L’entraînement ne sert pas à reproduire l’inattendu.
Il sert à savoir quoi faire quand il arrive.
Ce que je retiens de ce déjeuner : Cela dépasse la gestion de crise.
En entreprise, et surtout dans le Retail, ce qui fonctionnait hier ne fonctionne plus toujours aujourd’hui.
Il faut accepter de tester, de se tromper, de recommencer.
Et parfois de remettre en cause une croyance acquise.
La résilience, ce n’est pas d’éviter les chocs.
C’est être capable de continuer à décider et à apprendre quand ils arrivent.
Et ça, ça se travaille avant d’en avoir besoin.
Merci Philippe pour cet échange.
Auteur : Arnaud Trenchant